Suzanne Giraud

Contact Suzanne Giraud compositrice contemporaine française

Compositrice Composer Komponistin

Frère et sœur

2016, Frère et sœur, musique vocale

Durée : 5′30 »

Texte : Michel Leiris

Effectif : chœur mixte – S1 S2 A1 A2 T1 T2 B1 B2

Comanditaire : ERDA accentus

Création : : 4 mai 2017, le Jeune Chœur de Paris

Édition Musicale Artchipel

Notice

Frère et Sœur fait partie du recueil La Rose du désert, écrit en 1939-1940 par le poète, écrivain d’art et ethnographe africaniste Michel Leiris (1901-1990), alors qu’il était mobilisé comme ouvrier chimiste d’artillerie dans le désert algérien durant la « drôle de guerre ». 

Ce n’est pas la première fois que je compose d’après Michel Leiris. Voici la lune, pour voix, flûte et piano s’appuie également sur un poème de cet auteur. 

Frère et Sœur m’a inspiré une partition de six minutes et demie pour chœur mixte à 8 parties, 2 parties de soprano, 2 d’alto, 2 de ténor et 2 de baryton-basse, chaque partie pouvant être chantée par 5 à 8 interprètes, ce qui implique un effectif de 40 à 64 chanteurs. 

L’écriture joue en premier lieu, dans la construction, sur des effets de jonction des voix qui se rencontrent sur des points d’appui très forts, coïncidant avec les accents du texte. Ils sont comme des piliers qui soutiennent la structure au départ et constituent pour les chanteurs autant de points de ralliement. Entre ces piliers, les lignes évoluent en contrepoint, subissant des décalages polyphoniques plus ou moins grands. De ces décalages émanent différents degrés de compréhension du texte, par des confrontations de mots provoquant des sens aussi nouveaux qu’imprévus. La forme générale ne se prive pas d’aborder le poème de façon ésotérique, traduisant ses éléments de sens et son rythme dans des proportions musicales. 

Frère et Sœur a été pensé comme une pièce profondément vocale et avant cela, corporelle. L’énergie du corps et le contrôle du souffle sont appelés à se manifester dans de très rapides variations d’intensité, chaque fois qu’intervient un son tenu. Le volume sonore est véritablement sculpté, avec le plus de précision possible, dans la matière vocale. 

Le poème de Michel Leiris ne comporte aucune ponctuation, sauf un point d’interrogation final. Cette absence crée des sortes de creux dans la mémoire de la langue. Des creux, des manques, des blancs. C’est d’eux que surgissent des interventions de percussions corporelles qui trouent, petit à petit, le tissu polyphonique des deux premières parties. 

La troisième partie de la pièce fait place à différentes techniques récentes superposées en canon, propres à illustrer les mots « vent » et « source » et à les mettre en confrontation, ainsi que le commande le poème par les vers « Un vent dur soufflera » et « qui tarira la langue habile des sources ». 

Dans la dernière partie, la conduite des voix vise à déboucher sur le point d’interrogation final posé après le mot « mer ». Sous les vagues marines des voix aigües, les parties graves en fragments séparés expriment l’incertitude et l’hésitation contenues dans l’expression « Retournerons-nous jamais… ».  

Il s’agit de laisser planer la question, de laisser vaguer l’écoute, en s’éloignant sans retour d’une entrée en matière aussi affirmative qu’opposée au trouble de la fin. 

Suzanne Giraud

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